La gare de Kowloon : le cheval de Troie de Pékin ?

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Une portion de Chine vient de s’installer en plein Hong Kong. Depuis le 23 septembre 2018, une nouvelle liaison ferroviaire entre l’ancienne colonie britannique et la Chine continentale s’est ouverte au public. Il s’agit en effet d’un projet qui cède à Pékin un bout du territoire de Hong Kong et qui est dénoncé par les défenseurs des libertés comme le cheval de Troie du géant asiatique comme le relate la page d’actualités internationales de 24matins.fr.

Une inauguration qui émerveille…

Tôt dans la matinée du dimanche, des centaines de passagers étaient présents à la nouvelle gare de Kowloon de l’Ouest pour témoigner de la mise en service d’une nouvelle ligne. Parmi eux, certains ont eu la chance de prendre le premier TGV parti en direction de Shenzhen vers 7 h du matin (heure de la France).

Une fois arrivés dans cette ville du sud de l’Empire du Milieu, les passagers ont été accueillis avec des sacs cadeaux spécialement conçus pour l’occasion. « I love Hong Kong » est le message gravé sur ces souvenirs.

Satisfaits de leur première expérience, certains voyageurs n’ont pas hésité à livrer leurs impressions. Pour Madame Tian, une sexagénaire qui se rend à Shenzhen pour la première fois, le voyage était trop rapide. Rejoindre cette ville en si peu de temps est plutôt palpitant.

Les autorités chinoises et hongkongaises expliquent de concert que cet arrangement facilitera la vie des voyageurs. La nouvelle liaison construite par MTR Corporation Ltd place désormais la nouvelle gare à un quart d’heure de Shenzhen et à une cinquantaine de minutes de Canton.

« C’est très pratique pour gagner du temps », souligne M. Kwok qui s’est offert un billet de train pour visiter Chaozhou (sa ville natale), dans le sud de la Chine.

Pour d’autres passagers, le confort du métro est ce qui retient l’attention. C’est ce que révèlent les propos de la députée pro-Pékin Regina Ip qui affirme que la nouvelle liaison apporte un confort de voyage sans précédent. Il s’agit après tout d’une gare ultramoderne qui pourrait impacter positivement plusieurs couches de la société.

Mais, aux yeux de ses adversaires, ce projet n’est qu’un nouveau coup porté au statut semi-autonome dont bénéficie Hong Kong depuis des années selon le principe « Un pays, deux systèmes ». Mais, 20 ans après la rétrocession, une série d’incidents a suscité des craintes en ce qui concerne l’autonomie et l’État de droit dans cette ancienne colonie. La gestion de la nouvelle gare renforce d’ailleurs les peurs.

Une mise en service qui inquiète les défenseurs des libertés…

Aux termes de l’accord de rétrocession entre Londres et Pékin en 1997, Hong Kong jouit de libertés inconnues dans le reste de la Chine. La loi fondamentale de l’ex-colonie britannique prévoit en effet que la législation chinoise ne s’applique au territoire que dans certains domaines particuliers comme celui de la défense. Mais, avec cette nouvelle liaison ferroviaire, beaucoup de personnes pensent que ces libertés sont menacées.

En pratique, des agents de sécurité chinois sont déployés dans une zone spéciale de la nouvelle gare de West Kowloon, en plein cœur de Hong Kong. Pour entrer en Chine, les voyageurs doivent franchir les contrôles successifs de l’immigration et de la douane hongkongaises et chinoises. Ils débarquent ensuite dans la portion de la gare contrôlée uniquement par la Chine. Celle-ci comprend en effet les quais et les trains.

C’est la première fois depuis la rétrocession de Hong Kong que les lois chinoises s’appliquent sur un bout du territoire semi-autonome. Le transfert à Pékin de cette parcelle de souveraineté s’était fait début septembre en catimini. L’opération s’était déroulée à minuit et n’avait été révélée qu’après coup.

Si la présence des agents chinois sur le site est un problème pour certains, d’autres préfèrent ne pas s’en préoccuper. C’est le cas par exemple de M. Chan, un passager de 39 ans : « Le problème [des agents chinois] ne me préoccupe pas. Ils sont là juste pour faire leur travail qui est les contrôles conjoints et pour faciliter la vie des gens en accélérant les procédures pour franchir la frontière ».

Difficultés techniques et dérapage des coûts

Si la mise en service de cette gare est un acte très loué par la plupart des passagers, le coût élevé des billets et l’inefficacité du système d’achat sont des problèmes qu’il faut vite régler.
  • Un billet de seconde classe pour Canton coûte 247 dollars de Hong Kong.
  • Celui pour Shenzhen coûte 86 dollars hongkongais.
  • Celui pour Pékin coûte 1.237 dollar hongkongais.
Même lorsque vous aménagez votre budget pour vous offrir un billet, il faudra attendre pendant des heures dans un rang pour être servi. De même, l’attente au niveau des services de contrôle est plus ou moins longue.

L’autre difficulté reste le fait que les voyageurs doivent passer par un numéro chinois ou un compte de la messagerie chinoise à l’image de WeChat pour pouvoir communiquer avec leurs amis. Certains craignent que leurs données personnelles ne soient ainsi livrées aux mains des autorités chinoises. Ces craintes seront très vite prises en compte par les autorités qui rassurent les Hongkongais de la sécurité de leurs données. Reste à savoir si cette promesse suffira pour offrir une meilleure protection aux usagers de cette gare !

Face à cette situation, des Hongkongais se demandent toujours comment se comporter dans la zone spéciale. Comment s’habiller pour ne pas se faire arrêter ? Comment accéder aux réseaux sociaux (Twitter, Facebook et autres) bloqués en Chine ? Autant de questions qui renforcent la réticence des opposants du projet.

On sait néanmoins que les journalistes de l’AFP présents à l’inauguration de la gare ont pu accéder à des sites internet. Ils pouvaient même accéder aux réseaux sociaux en utilisant le wifi d’un opérateur télécom de la Chine. Mais, est-ce suffisant pour rassurer les Hongkongais ?

Un projet dangereux qui renforce l’impérialisme de Pékin…

Les contempteurs du projet dénoncent un dangereux précédent au moment où Pékin cherche à resserrer son emprise après la révolution des parapluies. Depuis ce temps, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer l’indépendance totale de Hong Kong. Mais, Pékin ne veut rien lâcher. Et l’inauguration de ce nouveau terminal vient confirmer sa volonté de conserver sa part de contrôle dans la gestion de ce territoire.

Pour les opposants du projet, il s’agit quasiment de l’impérialisme de la part de Pékin, et il faut combattre cette idée. Ils fondent en effet leur raisonnement sur le fait que le transfert à Pékin de cette parcelle de souveraineté s’était fait à huis clos début septembre. L’opération s’était en effet déroulée à minuit et n’avait été révélée que des heures plus tard.

Interrogée sur la question, la première personnalité de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam avait nié toute volonté de dissimulation. Pour elle, il s’agissait juste d’un processus de transfert de niveau opérationnel, et il n’y avait rien de sournois. Les législateurs pro-démocratie avaient pourtant protesté contre cet accord de « colocation » en vertu duquel une partie d’un nouveau terminal ferroviaire, construit au cœur de Hong Kong, sera soumis à la loi chinoise pour les besoins des contrôles d’immigration. Ils ont même réclamé sans succès la démission de la cheffe du gouvernement.

En résumé, l’inauguration de cette gare est à la fois enthousiasmante et inquiétante. De sa construction à sa mise en service, cet ouvrage s’est enlisé dans de nombreux scandales qui ne semblent pas être à leur terme.

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